Une Française juive est revenue

mercredi 27 octobre 2010

Auteur : Suzanne Birnbaum

Titre : Une Française juive est revenue

Amicale des déportés d’Auschwitz et des camps de Haute-Silésie, 2003, 146 pages. Première édition, Le Livre Français, 1946

Voici un ouvrage essentiel qui a pu être réédité cette année par l’Amicale d’Auschwitz avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Il est précieux car il appartient à la catégorie des premiers témoignages que des rescapées du camp écrivirent quelques semaines après leur rapatriement en France. Elles parlèrent même si des oreilles ne voulurent pas entendre, ni comprendre, comme auparavant, des yeux n’avaient pas vouloir voir. C’était l’euphorie de la libération, la construction du mythe de la France combattante. Il fallait reléguer à l’arrière-plan la noirceur de Vichy. Les déportées raciales qui rentrèrent n’étaient -elles pas le vivant, l’incessant rappel de la collaboration ? Comment avaient-elles pu revenir ? Quelques- uns osèrent même se demander pourquoi…

Mais elles respectèrent leur serment : dire ce que fut Auschwitz-Birkenau en mémoire de toutes celles qui n’étaient pas rentrées. Pour que l’oubli ne les fasse pas mourir une deuxième fois. Mettre des mots sur l’innommable, sur l’incompréhensible. D’autres écrivirent plus tard, comme Charlotte Delbo.

Suzanne Birnbaum termina son manuscrit le 15 octobre 1945.Elle était revenue le 6 juin. Voici ce qu’elle nota en guise de préface : « Je ne prétends pas faire œuvre littéraire. J’ai vu des choses tristes, souvent horribles. J’ai beaucoup souffert. Voici simplement tout ce que j’ai vu et vécu. » Après, il fallut recommencer à vivre. Après Auschwitz, mais avec Auschwitz. Simplement, clairement, sans fioritures, sans pathos, Suzanne Birnbaum raconte son arrestation et sa déportation. Arrêtée le 6 janvier 1944, parce que juive, elle est conduite à Drancy puis déportée deux semaines plus tard. Trois jours et trois nuits de voyage où commence l’horreur. L’arrivée dans la neige, car les rails n’ont pas encore été prolongés jusqu’au cœur de Birkenau. Ce sera pour plus tard, pour les Juifs de Hongrie. Ils arriveront au plus près…ils mourront plus vite. Une arrivée en pleine nuit. Comme une hallucination. Dans un autre monde où on perd son nom. Elle devient le numéro 74837. Comme les autres, elle apprend vite. Obéir, pour ne pas pleuvoir sous les coups. Mais résister quand on le peut. Que le supplément de nourriture qu’on peut glaner contribue à vous maintenir en vie. Qu’une plaie peut vous faire mourir. Suzanne Birnbaum passe quelques semaines dans le camp de la quarantaine. L’apprentissage de la déshumanisation. Mal nourries, battues, à la merci des femmes chefs de block, de ces kapos sans aucune pitié, déjà malades à cause de la nourriture. Puis c’est le travail en kommando. Celui des pierres. Mais surtout celui des marais qui épuise les femmes, mal nourries, transies de froid, ravagées par la dysenterie. Des femmes qui tentent péniblement de garder leur dignité dans ces baraques où l’hygiène est inexistante. Se laver, nues dans la neige. Suzanne et d’autres femmes osent même se faire admettre à l’infirmerie du camp, le Revier, où le risque de mort est permanent. Comment soigner d’ailleurs ? Elles ont la chance d’échapper aux sélections qui régulièrement désignent des femmes pour la chambre à gaz. Comme elles ont déjà l’expérience du camp, elles savent ce que signifie la sélection. Suzanne Birnbaum évoque ces femmes qui à l’idée de mourir, deviennent folles. Elle raconte à la fois la solidarité, quand elle existe, mais aussi la haine qui anime les détenue de droit commun envers les Juives. Et avoue ne pas comprendre comment d’autres Juives kapos peuvent n’avoir aucune compassion pour leurs co-religionnaire.

Puis, elle travaille au kommando des patates, qui permet d’améliorer l’ordinaire : le troc de patates permet de mieux manger, de mieux se vêtir, d’acheter les blockowas et les stubowas (chefs de chambrées), et même d’avoir du savon.

Elle raconte l’évasion de Malla, une jeune juive belge. Rattrapée, elle fut assassinée par les SS. Personne ne sut exactement comment mais le courage dont elle fit preuve galvanisa des déportées épuisées.

A l’automne, c’est l’évacuation du camp, car les troupes soviétiques approchent. Ce sont les marches de la mort qui conduisent les femmes dans d’autres camps en Allemagne : pour Suzanne Birnbaum et ses compagnes, ce sera Bergen-Belsen puis Raghun et enfin Theresienstadt. Des mois difficiles car bon nombre d’entre elles meurent d’épuisement, de faim, du typhus, alors qu’elles avaient résisté à Birkenau.

Revenue en France, Suzanne Birnbaum écrit pour témoigner. Le livre est dur, car il décrit la réalité du camp. Mais il faut le lire pour mieux comprendre.

Fiche de lecture de Christine Guimonnet

 



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